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Evolution et perspectives
Vue de l'Europe, la
région Languedoc-Roussillon est le "Nord des Sud",
position charnière qui influence de nombreuses analyses,
notamment dans le domaine agricole (pas pauvre comme
le Sud mais moins riche que le Nord, calendriers de
commercialisation des produits primeurs qui se télescopent
avec les fins de récolte du Sud, etc...).
La part de l'agriculture,
de l'agroalimentaire et de la filière-bois représente
près de 10 % des actifs de la région ayant un emploi,
la part de la seule production agricole s'élevant,
comme celle des actifs, à environ 7 % du P.I.B. régional.
C'est une région de
productions essentiellement végétales, marquée par
une dominante viticole qui représente 49 % de la production
agricole régionale estimée à 15,5 milliards de francs
(estimée selon la nouvelle base 95 de la comptabilité
nationale), les fruits et légumes représentant 26
% des livraisons, la part des productions animales
s'élevant à 12 %.
Cette agriculture
a évolué rapidement au cours des dernières années,
diminution du nombre des actifs agricoles et des exploitations
moins nombreuses (41 400 en 1997, en réduction de
40 % depuis le recensement de 1988) mais plus grandes
(25 ha), une population agricole à l'âge moins élevé
(53 ans) mais où la proportion de jeunes exploitants
atteint à peine 10 %.
Une viticulture toujours
dominante
Le vignoble a culminé
à 451 000 hectares en 1975 (36 % du vignoble français)
avec une production de vin dépassant quelquefois les
30 millions d'hectolitres et représentant 40 % de
la production française. La mise en ½uvre de la distillation
obligatoire à bas prix pénalisant les hauts rendements
ainsi que l'instauration d'arrachages primés a conduit
à une diminution significative du rendement moyen
(de 76 hl/ha à 61 hl/ha depuis 1980) ainsi qu'à une
régression importante des surfaces, à tel point qu'on
peut estimer le vignoble actuel à environ 300 000
hectares représentant une production annuelle voisine
de 19 millions d'hectolitres (dont 11à 12 Mhl en vins
de pays dans la déclaration de récolte et 3 à 4 Mhl
en AOC).
En 1998, à la suite
de problèmes climatiques (gel, grêle et sécheresse),
le Languedoc-Roussillon a connu sa plus faible récolte
depuis la guerre : 15,5 millions d'hectolitres. Paradoxe,
c'est cette année-là que la superficie du vignoble
cessait de décroître et augmentait même quelque peu.
En 1999, le vignoble continue à croître et la récolte
retrouve un niveau légèrement supérieur à la moyenne
: 19,4 millions d'hectolitres.
Dans le même temps,
une VITICULTURE RÉNOVÉE ET DE QUALITÉ s'est mise en
place.
Adaptée au marché, elle s'est construite
autour d'une politique de produits, c'est-à-dire d'appellations
d'origine, mais aussi de façon tout aussi valorisante
de vins de pays bien identifiés, de vins de cépages
et de vins de marque.
On continue à observer
encore aujourd'hui une mutation rapide du vignoble
à partir d'un réencépagement adapté aux besoins.
Ces efforts à la production s'accompagnent de la poursuite
d'une politique de qualité dans les unités de vinification
et surtout d'une politique de renforcement des structures
de commercialisation permettant une bonne valorisation
du produit. C'est ainsi que le rapport qualité-prix
est favorable au Languedoc-Roussillon qui paraît désormais
gagner des parts de marché.
Les productions
fruitières
Le Languedoc-Roussillon,
région à vocation traditionnelle de production fruitière,
principalement dans les Pyrénées-Orientales et le
Gard, a vu celle-ci se développer au début des années
cinquante dans les quatre départements grâce aux grandes
infrastructures hydrauliques qui ont été mises en
place, notamment sur la plaine littorale.
La production fruitière,
qui s'étend aujourd'hui sur 29 800 hectares, représente
environ 14 % de la surface du verger national et 12
% de la production agricole régionale.
Elle reste cependant
concentrée sur les départements du Gard (48 % du verger
régional) et des Pyrénées-Orientales (33 %), les principales
productions sont les pêches nectarines (1ère région
française), les abricots et les pommes. Depuis quelques
années, l'ensemble des superficies en verger a tendance
à régresser. L'élargissement récent de l'union européenne
(pays du Sud notamment) conduit à une concurrence
de plus en plus vive sur ce type de production, phénomène
aggravé par les désordres monétaires. Des efforts
importants sont conduits dans la recherche de nouvelles
variétés afin d'adapter la production régionale aux
conditions du marché, compte tenu de ces nouvelles
contraintes.
Les productions légumières
Les productions légumières
(15 950 hectares) demeurent un secteur important de
l'agriculture régionale mais également très exposé
à la concurrence d'autres bassins de production européens.
47 % des superficies
légumières sont situées dans le Gard, 25 % dans les
Pyrénées-Orientales et 19 % dans l'Hérault. Depuis
20 ans, les deux premiers départements ont maintenu
des seuils élevés de production de salades, d'artichauts
et de tomates. Mais depuis quelques années la vivacité
de la concurrence, sans oublier les désordres monétaires
du passé, ont freiné la production (certaines spéculations
ayant même pratiquement disparu). Dans l'Hérault,
nous avons assisté à un développement spectaculaire
de la culture du melon.
Un plan de reconstitution
du potentiel de production d'asperges est inscrit
au contrat de plan Etat-Région, et concerne principalement
le département du Gard.
Les productions céréalières
et oléagineuses
La réforme de la politique
agricole commune (PAC) a entraîné une stabilité des
surfaces en matière de grandes cultures. Les perspectives
de développement des oléagineux envisagées dans les
années 1980 n'ont pas pu se concrétiser.
La surface en céréales,
oléagineux et protéagineux est de 158 000 hectares
(auxquels s'ajoutent 44 500 hectares de jachères),
dont 123 000 hectares localisés dans l'Aude (53 %)
et le Gard (25 %). Le système actuel favorise le blé
dur et le tournesol, respectivement 70 % des céréales
et 81 % des oléagineux.
Un assouplissement
de la gestion des quotas blé dur permettrait une évolution
positive dans le sens d'une meilleure utilisation
de l'espace.
Les productions animales
Leur poids dans l'économie
agricole régionale est d'environ 12 % et ces productions
mobilisent près de la moitié de la surface agricole
(518 000 hectares).
Les évolutions les
plus significatives concernent l'élevage bovin en
Lozère et l'aviculture dans l'ouest de l'Aude et le
nord du Gard.
Le troupeau ovin (300
000 brebis mères) est relativement stable.
L'aviculture en progression
est le fait de gros élevages concentrés et compétitifs
qui, outre la production de poulets de chair, s'orientent
depuis plusieurs années vers celle de dindes. Des
efforts significatifs sont faits actuellement pour
la recherche d'une meilleure valorisation des différentes
productions laitières et pour l'obtention de signes
officiels de qualité.
Les industries agroalimentaires
et les coopératives agricoles
Le secteur des industries
agroalimentaires a connu depuis 10 ans un réel développement
en accroissant sa production en volume et en valeur
de 50 % et en maintenant ses effectifs salariés. Les
industries agroalimentaires (au sens strict) de plus
de 10 salariés représentent près de 200 établissements
employant 8 600 salariés pour un chiffre d'affaires
net d'environ 14 milliards de francs (dont 13 % à
l'exportation).
La région Languedoc-Roussillon
ne se situe qu'au 16ème rang national. On peut noter
les spécificités suivantes : fabrication de fruits
au sirop, de conserves de tomates (12 % de la production
nationale) et de concentrés de tomates (15 % de la
production nationale) dans le Gard, chocolaterie-confiserie
(12 % de la production nationale) dans les Pyrénées-Orientales,
Cassoulet de Castelnaudary et la distillation d'alcool
et d'eaux de vie naturelles (6 % de la production
nationale).
Ce secteur représente
15 % de la valeur ajoutée régionale. Sa marge de progression
est réelle et les IAA du Languedoc-Roussillon peuvent
devenir un élément majeur du développement régional,
leur dynamique étant un facteur important de valorisation
de l'agriculture et, de ce fait, de revitalisation
du monde rural. Cependant, des difficultés persistent
pour certaines spéculations (fruits au sirop, tomates)
du fait de l'évolution des politiques communautaires.
La coopération agricole
(556 coopératives, 11 Sica, 27 unions et 551 Cuma)
emploient, selon la mutualité sociale agricole, 9
400 salariés (hors Cuma), le secteur vinification
étant prépondérant. Les caves coopératives viticoles
en voie de restructuration sont encore de petites
structures (96 % ont moins de 10 salariés). Elles
représentent toutefois la moitié des entreprises françaises
du secteur vinification.
Une nouvelle enquête
a permis d'évaluer le poids de la sphère agroalimentaire
(les IAA stricto sensu auxquelles l'on rajoute la
vinification en amont et la commercialisation en aval).
La filière compte ainsi 1 384 établissements de 3
salariés et plus pour un chiffre d'affaires de 44
milliards de francs (données 1997).
La puissance publique
privilégie désormais, dans un contexte de nécessaires
restructurations et une politique adaptée aux conditions
du marché, des projets globaux axés sur l'aval mais
prenant en compte, sur la base d'objectifs bien identifiés,
l'ensemble des maillons de la filière. Ces projets
de développement agréés sur trois ans ont ouvert l'accès
aux différentes interventions financières.
Il convient de souligner
par ailleurs l'utilité des techniques de diagnostics,
d'audits et d'expertises, les aides aux investissements
dits "immatériels" apparaissant largement complémentaires
de celles qu'il convient de continuer à allouer aux
investissements classiques.
Une forêt "multifonctionnelle"
à trois étages, une ressource ligneuse insuffisamment
exploitée
La
forêt du Languedoc-Roussillon, c'est :
- 934 000 ha boisés, dont 600 000
ha de "forêt de production" auxquels s'ajoutent 700
000 ha de formations "subforestières" (landes, maquis,
garrigues) résultant d'une déprise agricole plus ou
moins récente.
- trois fonctions essentielles : production,
protection, accueil, variant selon les massifs.
- un taux de boisement de 33,4 %,
supérieur de 7 % à la moyenne nationale.
- un taux d'accroissement annuel voisin
de 3 % désormais plus imputable aux "accrus naturels"
qu'aux boisements "en extension" (1 500 ha plantés
par an). Malgré la ponction des feux et celle plus
récente des "chablis" (bois abattus par la tempête
des 27 et 28 décembre 1999), la surface de la forêt
régionale a doublé depuis le début du siècle.
- des feuillus prédominants en surface
(54 %), mais des résineux qui représentent plus de
la moitié du volume sur pied et 57 % de l'accroissement
biologique annuel.
- un statut juridique qui est au trois-quart
celui de la forêt privée, le reste se répartissant
entre la forêt domaniale et celle des collectivités
territoriales. Malheureusement, les structures foncières
traduisent un excessif morcellement.
- une disponibilité ligneuse (ressource
économiquement mobilisable) évaluée à 1,4 Mm3/an en
situation actuelle et qui pourrait atteindre 1,7 Mm3
si l'on en rationalise la gestion.
- un volume prélevé de 1,3 Mm3/an
dont 0,9 Mm3 commercialisés et le reste auto-consommé.
Les 0,5 Mm3 supplémentaires, liés aux intempéries
de fin d'année 1999, ne pourront être résorbés que
progressivement par l'industrie locale.
- 10 000 emplois environ dont 2 500
en forêt même (sylviculture, exploitation forestière),
1 300 pour la première transformation (sciage), 6
200 pour la seconde transformation (menuiserie) et
le négoce. Il est à noter que la montée en puissance
du plan gouvernemental "chablis" conduit à un effort
significatif en faveur de l'équipement des entreprises
et de la formation des salariés, mais ne semble pas
donner lieu à de nouveaux recrutements.
Il conviendrait de
faire en sorte que ces chablis, situés principalement
dans le nord de la Lozère, ne conduisent pas à un
déséquilibre durable du marché du bois mais qu'ils
permettent aux entreprises nouvellement équipées d'accroître
durablement la récolte.
De plus, la ressource
ligneuse régionale constitue une richesse insuffisamment
exploitée et mobilisée. 400 m3 supplémentaires prélevés
en forêt représentent potentiellement la création
d'un emploi. Un millier d'emplois est donc "à portée
de main" si l'on mène les actions nécessaires.
Les
orientations régionales forestières consistent à :
- combiner harmonieusement dans une
optique de "gestion durable" les multiples usages
de la forêt régionale.
- améliorer ce qui existe plutôt que
créer de nouvelles surfaces boisées (sauf reconstitution
des surfaces détruites).
- "faire sortir le bois de la forêt"
en équipant les massifs encore mal desservis par des
voies accessibles aux véhicules grumiers conformes
aux schémas concertés de mobilisation de la ressource.
- restructurer la forêt privée ou
regrouper les propriétaires pour constituer des unités
cohérentes de gestion.
- moderniser les entreprises d'exploitation
forestière et de première transformation tout en améliorant
dans une optique interprofessionnelle l'organisation
collective de la récolte (ceci s'est fait en partie
dans le cadre du "plan chablis").
- valoriser par la recherche de produits
nouveaux les catégories de bois sous utilisées. -
promouvoir le matériau bois et développer les filières
bois-énergie.
- équiper les massifs pour la prévention
des incendies de forets, l'accueil raisonné du public,
la défense et la restauration des sols.
- répondre à l'attente sociale, mieux
prendre en compte les enjeux biologiques et le paysage.
- veiller à l'équilibre "forêt-gibier".
- intégrer la forêt dans une vision
d'ensemble de la gestion de l'espace en harmonie avec
l'activité agricole, pastorale et les autres usages
des territoires ruraux.
Les
perspectives d'avenir
Les obstacles au
développement de l'agriculture régionale sont une
adaptation insuffisante dans certains secteurs de
l'offre régionale à la demande, et une relative faiblesse
des structures et de l'organisation industrielle et
commerciale. L'agriculture régionale demeure trop
dépendante d'une organisation économique pas encore
assez efficace pour atteindre une meilleure maîtrise
de la mise en marché et de la commercialisation. La
reforme de l'OCM fruits et légumes, qui est entrée
en application en 1997, grâce à une plus grande responsabilisation
des organisations de producteurs, offre des perspectives
à saisir par les différents opérateurs. Sur le plan
national, nous avons assisté en 1997 à un regroupement
des comités économiques au niveau de grands bassins
de production (Provence, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes
et Auvergne pour le Sud-Est). Enfin les politiques
européennes ont contribué à réduire le potentiel de
production, la reforme de la PAC limitant parallèlement
les possibilités de substitution.
L'agriculture
régionale est toutefois riche de potentialités :
- un climat favorable à certaines
cultures, sous réserve d'une optimisation de l'irrigation.
- une population croissante sur les
rives de la Méditerranée, une migration estivale importante,
- enfin, un système remarquable de
recherche, de formation et de développement qui fait
de Montpellier, associée aux principales villes de
la région, un pôle (AGROPOLIS) sans doute le premier
en Europe dans ce domaine.
Les principaux points
d'appui de développement agroalimentaire sont :
-
pour la viticulture, une production
régionale de qualité dont la notoriété est en hausse,
élément important du maintien d'un potentiel de
production régional,
-
une production fruitière en recherche
permanente d'adaptation qualitative,
-
les productions légumières (asperges,
melons, oignons, salades, tomates),
-
les céréales et oléagineux (blé
dur, colza, tournesol, soja),
-
la production de semences qui est
une des vocations (sol et climat) de cette région,
-
les productions ornementales (fleurs
coupées, plantes en pots, pépinières), domaine où
les perspectives de développement sont importantes,
mais encore peu exploitées,
-
les industries agroalimentaires
pour la valorisation des productions régionales,
la satisfaction des marchés de proximité en croissance
et l'approvisionnement des marchés communautaires
et mondiaux en produits spécifiques de qualité identifiée,
-
l'agrotourisme pour les compléments
de revenus qu'il apporte aux exploitants agricoles
et la notoriété qu'il induit.

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