L'industrie en Languedoc
Roussillon représente 1,7 % des effectifs salariés
et 1,5 % de la valeur ajoutée industrielle nationale.
Tous secteurs et tailles confondus, elle emploie moins
de 80 000 personnes soit environ 10 % des emplois
de la région. La valeur ajoutée industrielle est de
l'ordre de 13 % de la valeur ajoutée totale régionale,
ce qui fait du secteur industriel le second secteur
créateur de richesse mais loin derrière le tertiaire
(77 %).
En 1999, la conjoncture
régionale est restée bonne en s'améliorant par rapport
à 1998 même si la conjoncture nationale fortement
nourrie par la demande des ménages et les investissements
est un peu meilleure. En effet, la conjoncture industrielle
régionale est souvent en deçà sinon en décalage par
rapport à la conjoncture nationale, faute d'entreprises
industrielles susceptibles de profiter de la reprise
sur les marchés internationaux. Pour rappel,
en 1998 comme en 1997, la conjoncture régionale était
redevenue bonne après une année 1996 atone. La croissance
de la production en 1999 a eu un effet légèrement
positif sur l'emploi industriel (via les PMI) contrairement
tout comme en 1998. Les perspectives 2000 semblent
indiquer que l'activité va rester sur un bon trend
de croissance.
Une région de très
petites entreprises
Hors énergie et IAA,
4 000 établissements industriels emploient des salariés
dont 800 ayant 10 salariés ou plus et 40 d'au moins
250 salariés. L'effectif moyen des établissements
régionaux appartenant à des firmes de 20 salariés
et plus est inférieur à 50 salariés alors qu'il est
de 75 en France. Les unités de moins de 50 salariés
sont sur-représentées et 8 établissements seulement
ont plus de 500 salariés. Malgré la hausse du nombre
d'emplois industriels en 1999, les implantations récentes
d'établissements de groupes industriels n'ont pas
compensé les très fortes réductions d'effectifs dues
aux dégraissages ou aux cessations d'activité d'entreprises
moyennes des années 92-93. Même si la création d'entreprise
à caractère technologique est relativement importante,
elle joue un rôle encore marginal dans l'ensemble
régional.
Les petites unités
ont en effet quelques difficultés à passer le seuil
des 10-15 salariés et à renouveler leur gamme de produits
ou, lorsqu'elles sont plus grosses, à atteindre et
dépasser le seuil de l'entreprise moyenne (50 salariés).
Plusieurs raisons peuvent expliquer le frein à une
croissance forte : malgré les efforts fournis par
le capital-développement régional pour accompagner
les entreprises, il reste une insuffisance de prises
de participation de ces sociétés liée, il est vrai,
à l'inquiétude des chefs d'entreprise d'une trop grande
dilution de leur capital. Les petits patrons ont aussi
du mal à structurer leur entreprise pour à la fois,
mettre en place un réseau commercial, produire et
développer de nouveaux produits. Signe encourageant,
les PME adhèrent de plus en plus à des actions groupées
et l'embauche de cadres progresse au sein des plus
petites entreprises. Quelques exceptions notables
pour un certain nombre d'entreprises mais dans le
domaine des NTIC qui en 1999 ou même début 2000 semblent
être sur une pente de croissance forte autant en chiffre
d'affaires qu'en effectif. Ces entreprises n'ont pas
la même appréhension dans la composition du capital.
Un déséquilibre est-ouest
marqué
L'industrie régionale
est assez fortement concentrée sur deux départements
: le Gard et l'Hérault, qui emploient 75 % des effectifs
industriels régionaux.
Dans le Gard, le bassin
d'Alès, anciennement minier, est fortement spécialisé
dans les biens intermédiaires et d'équipement, notamment
dans la fabrication d'appareils électriques et la
mécanique. Ce territoire est bordé à l'ouest par celui
de Ganges-Le Vigan, dont l'enclavement rend difficile
la diversification de la mono industrie textile. Les
efforts d'adaptation et de réactivité des industriels
sont cependant notables. A l'est, le bassin de Bagnols
est spécialisé dans les biens intermédiaires liés
au nucléaire et à la métallurgie. Autour de Nîmes,
les industries de la chimie-pharmacie et de l'agroalimentaire
restent prépondérantes.
Dans l'Hérault, le
bassin de Montpellier a été le plus dynamique ces
dernières années avec de nouvelles implantations,
notamment dans le domaine de l'électronique, du médical
et paramédical, et du multimédia. Les entreprises
du bassin de Béziers, plus spécialisées dans la métallurgie
et la mécanique, ont bénéficié de l'amélioration de
la conjoncture depuis 1997 après les difficultés des
années précédentes ; de même, dans l'arrière pays
lodévois, un plan de développement économique est
en cours de mise en ½uvre suite à l'arrêt du site
minier de la Cogéma.
Dans les autres départements,
l'activité est plus diversifiée sauf dans le
bassin d'emploi de Limoux (Aude) où l'industrie de
la chaussure a cessé son activité.
Les difficultés de
la région, tant sur le plan industriel qu'agricole,
et le fort taux de chômage ont entraîné la très grande
couverture du territoire en zonage européen : avec
les nouveaux objectifs européens 2000-2006, dans le
cadre du nouvel objectif 2 (reconversion des sites
affectés par le déclin industriel comme Alès, Nîmes,
Béziers, Sète et développement des zones rurales sur
tout ou partie des 5 départements). Des mesures de
soutien transitoire existent sur les anciens zonages
pendant la période. Les mesures de soutien consistent
à développer l'investissement matériel ou immatériel
des entreprises (y compris la formation des salariés)
ainsi qu'à améliorer l'environnement économique des
entreprises.
Le poids des biens
intermédiaires
Environ le tiers
des effectifs industriels régionaux sont employés
dans l'industrie des biens intermédiaires. Cette composante
explique le cinquième rang du Languedoc-Roussillon
dans le ratio investissement/effectif au niveau national
malgré son avant-dernière place pour les effectifs
industriels.
La filière matériaux
représente une grande partie de l'activité régionale
en raison de la présence dans le sol de minerais et
substances minérales avec de nombreuses petites unités
et quelques établissements de moyenne dimension :
par exemple, les cimenteries (Beaucaire, Port-la-Nouvelle),
la production de bétons et de produits en béton (groupe
BDI et Siporex), mais aussi les tuileries (dans l'Aude)
et autres produits en céramique. Dans le Gard, le
verre est fabriqué par les Verreries du Languedoc
pour Perrier à Vergèze, la fibre de verre par Owens
Corning Fiberglas à Laudun et la laine de verre par
Fibraver à Beaucaire. L'implantation d'une unité de
fabrication de verre est en cours à Béziers.
Dans la chimie, l'usine
Rhône-Poulenc de Salindres près d'Alès (600 salariés)
est spécialisée dans la production de produits fluorés,
d'alumines spéciales et de catalyseurs pour pots d'échappement.
Cette dernière production lui confiant une certaine
stabilité de débouchés. Les grands
groupes qui ont des unités spécialisées dans les engrais
et phytosanitaires se sont retirés comme Rhône-Poulenc
agrochimie à Béziers, qui a été repris par les salariés
(CMPA), ou Höchst - Procida qui a quitté Beaucaire
pour Marseille. Reste l'usine Ciba Geigy près de Nîmes.
L'activité métallurgie
et travail des métaux demeure importante avec notamment
Ugine Aciers et Péchiney électrométallurgie qui fabriquent
des aciers spéciaux et des ferroalliages dans des
unités en Lozère et à Bagnols-sur-Cèze. Dans les autres
bassins d'Alès et de Béziers, subsistent de nombreuses
PMI performantes.
Dans les composants
électriques et électroniques, face à l'implantation
ancienne d'unités des groupes Gec-Alsthom à Alès et
Montpellier ou Merlin-Gérin à Alès, la création d'entreprises
comme Pixtech (écrans plats) mais aussi la pérennisation
d'autres entreprises telles Eurofarad (composants
passifs) ou Polytech (cartes électroniques) semblent
asseoir l'activité dans la région.
Une industrie
des biens d'équipement en mutation
L'impact de la réduction
des effectifs d'IBM-Montpellier (1 000 salariés en
1995 contre près de 3 000 salariés en 1992) a été
très sensible dans la région. De nombreux sous-traitants
ont fermé ou réduit fortement leurs effectifs. Si
l'activité d'IBM s'est affermie depuis sur les marchés
des grands systèmes, de nombreuses petites entreprises
se sont créées dans le secteur de l'informatique,
de l'électronique de mesures et du médical. Autour
d'ABX, filiale du japonais Horiba, une vingtaine d'entreprises
(Apelem, SMI, Labover...), se sont associées dans
un groupement professionnel médical (GIMED) et percent
à l'export en compensation d'un marché national bien
prospecté mais qui est limité en débouchés.
Un autre groupement professionnel (GEM-LR) lié au
marché de la communication et du multimédia a été
créé : constitué autour d'entreprises de l'informatique,
des télécoms et des composants électroniques,...,
ce groupement s'appuie sur des établissements tels
l'Idate (Institut audiovisuel et des télécommunications)
à Montpellier, le Cnusc (centre national universitaire
sud de calcul), l'Ema (Ecole des mines d'Alès)...
pour renforcer les synergies possibles. L'Etat et
le Conseil Régional ont mis en place un dispositif
d'accompagnement des entreprises de cette nouvelle
filière.
Dans la mécanique,
Cooper Oil Tool (moins de 600 personnes dans l'équipement
de sécurité pétrolière et gazière), renforcée en 1997
grâce à la délocalisation à Béziers d'une unité de
production écossaise, a pourtant réduit ses effectifs
en 1998 du fait de la mauvaise conjoncture, à
l'époque, sur les chantiers pétrolifères. Hors
SNR Cévennes (filiale de Renault dans les roulements)
et Richard Ducros dans la tôlerie, sous-traitant d'IBM
qui s'est diversifié, d'autres entreprises de la mécanique
ou de la chaudronnerie ont une certaine notoriété
et fournissent les grands groupes tels la Cogéma à
Marcoule. Qualiflow, entreprise de création récente,
reprise d'un département d'ASM qui a brûlé en 1997
à Montpellier, équipementier de l'industrie des semi-conducteurs
a maintenant un effectif de 60 personnes et 200 à
l'horizon 2002.
Des difficultés dans
les biens de consommation traditionnels
Dans ce secteur, l'habillement
(auquel on peut adjoindre la maille) et la chaussure
sont les activités les plus implantées dans la région.
Le département du Gard est particulièrement exposé
du fait des problèmes des entreprises de ce secteur
: ainsi Well (collants du groupe Courtaulds, moins
de 700 salariés au Vigan) éprouve des difficultés
qui l'ont conduit à mettre en place un plan social
avec réduction importante des effectifs. Furnon à
Alès qui avait réduit ses effectifs de moitié (130
au lieu de 260) a été mis en liquidation en avril
1999. Eminence ne semble pas améliorer ses résultats
et Cacharel a délocalisé son dernier atelier de fabrication
début 1999. L'industrie de la chaussure semble disparaître
après les mises en liquidation multiples de Myris
(Bata) et de la Chausseria dans le Limouxois. De même,
Jallatte (groupe Etex), spécialisé dans les chaussures
de sécurité, se fait grignoter sa position de leader
dans son domaine. Boyé, un peu moins de 300 personnes,
spécialisé dans les uniformes et vêtements pour la
défense est en grande difficulté. Un plan social est
mis en place en 2000 pour réduire de moitié les effectifs
à Bédarieux (34) et Toulouse.
L'industrie pharmaceutique,
surtout implantée dans le Gard et l'Hérault, s'appuie
sur des centres de recherche actifs : Sanofi avec
son centre de recherche à Montpellier (800 personnes)
et une unité de production à Aramon (Gard), Expansia
(principes actifs à Aramon), Oris (filiale du CEA)
qui fabrique des trousses de diagnostic in vitro,
Chauvin (Montpellier) leader dans les produits d'ophtalmologie.
Quelques PME se développent dans le secteur des cosmétiques
et des biotechnologies.
L'énergie nucléaire,
notamment dans le Gard rhodanien
Malgré l'arrêt de
l'exploitation des gisements d'uranium à Lodève fin
1997, l'activité nucléaire reste importante dans la
région pour la Cogéma et ses filiales et le CEA qui
assurent l'exploitation de l'ensemble de la filière
nucléaire. Le site de Marcoule (plus de 3 500 emplois)
est un pôle économique important tant directement
que par les emplois induits : de nouvelles unités
(Melox, Socodei...) doivent compenser en partie les
pertes d'activités et réductions d'effectif planifiées
dues à l'arrêt du retraitement des combustibles irradiés
de la filière graphite-gaz. Par ailleurs, les chantiers
de démantèlement génèrent de forts flux de services
industriels.
L'agroalimentaire,
point fort de l'industrie régionale
C'est le premier secteur
industriel de la région avec près de 14 000 emplois,
toutes tailles d'entreprises confondues. A côté de
Perrier, où des suppressions d'emploi sont toujours
à craindre, de nouvelles marques d'eaux minérales
montent en régime (Salvetat, Quezac...). Les difficultés
rencontrées par les industriels de la transformation
des produits locaux comme dans le secteur des fruits
avec le leader Saint-Mamet semblent s'estomper. La
fabrication de plats cuisinés se développe autour
de firmes comme Spanghero (Aude). Avec Haribo, Dumas,
Lor, Confiserie du Tech et bien sûr Cémoi-Cantalou,
le secteur de la confiserie se porte bien. Des unités
de grands groupes sont installées (Royal Canin, Café
Jacques Vabre...) dans la région.
La recherche publique,
un atout encore à transformer
Le Languedoc-Roussillon
bénéficie d'une concentration exceptionnelle d'organismes
de recherche : si le potentiel scientifique et technique
(5 000 personnes dont environ 3 000 chercheurs (en
équivalent plein temps)) est à 70 % employé
à Montpellier, Nîmes grâce à son Ecole supérieure
d'électronique et d'informatique (Eerie), alliée maintenant
à l'Ecole des Mines d'Alès, Marcoule avec son centre
de recherche nucléaire et l'université de Perpignan,
représentent des pôles de compétence reconnus. Les
domaines de recherche sont importants dans les sciences
de la vie, notamment la biochimie et la physiologie
moléculaire et cellulaire. Dans d'autres domaines
comme la physique et les mathématiques, l'étude des
matériaux, composants et procédés, des collaborations
existent entre laboratoires et entreprises.
Reste l'agronomie
qui bénéficie de la structure la plus forte associée
au sein d'Agropolis à Montpellier (1er centre français)
qui regroupe une vingtaine d'établissements publics
d'enseignement et de recherche (Inra, Ensam, Cémagref,
Orstom, Cirad...) Le potentiel scientifique (5 000
personnes dont environ 3 000 chercheurs (en équivalent
plein temps)) n'est cependant pas à la hauteur des
espérances d'industrialisation de la région : encore
peu de chercheurs collaborent à des projets comptant
pour la région. Les déconcentrations des laboratoires
en région Languedoc-Roussillon ne profitent donc pas
pleinement aux entreprises régionales. De plus, la
recherche réalisée par les entreprises (1 % de la
recherche privée française) est très faible.
Des partenariats laboratoires-entreprises
sont cependant mis en place lors des aides de l'Anvar
à la diffusion de la technologie. Les projets sont
souvent de haut niveau, plus élevé en moyenne que
pour le reste de la France. Pour la diffusion de la
technologie de base vers les PME, voire les TPME,
souvent peu familiarisées à cette démarche, des cellules
locales d'animation technologique (CLAT) ont été mises
en place. Ces généralistes de proximité ont initié
une vraie dynamique en accompagnant les entreprises
dont elles ont détecté les besoins et en les mettant
en relation avec des centres de ressource. Le réseau
de diffusion de la technologie constitué en partenariat
entre l'Etat et le Conseil Régional doit favoriser
les transferts.
Une politique de
développement à poursuivre
La position géographique
centrale du Languedoc-Roussillon en Europe du sud,
est un avantage réel mais aujourd'hui encore masqué
par la sous-industrialisation. Cette situation doit
inciter à des politiques actives d'implantation d'entreprises
en s'appuyant sur le potentiel de recherche et les
secteurs forts d'avenir (niches de marchés en électronique,
médical, IAA...), mais aussi de création d'entreprises
à contenu technologique en renforçant et complétant
le réseau des pépinières. Cette politique passe aussi
par la réussite de la deuxième phase de croissance
des firmes qui ont besoin de se structurer et de fonds
propres. L'innovation doit être au centre de ce programme,
avec la mise en place d'un réseau fort de la diffusion
technologique mais aussi l'amplification d'actions
de groupement d'entreprises d'un même secteur d'activité
(projets en cours dans l'électronique, la métallurgie,
la filière bois...).

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