|
L'HERITAGE HISTORIQUE
Voie de passage vers
la Péninsule ibérique, la Région Languedoc-Roussillon
a connu des vagues successives d'envahisseurs :
migrations de l'Age de Fer, invasion celte, colonisation
romaine, invasion wisigothique, domination franque,
incursion arabe.
La première ébauche
d'organisation territoriale est liée à l'implantation
romaine. Près d'un siècle après l'invasion celte,
qui se traduit par l'organisation de la confédération
volque, les romains inaugurent par le Sud-Est leur
colonisation de la Gaule. La province sénatoriale,
qui allait du Léman aux Pyrénées centrales, en est
la partie la plus anciennement romanisée. Cette annexion
se traduit notamment par l'imprégnation d'une langue
mère, puis par l'implantation du christianisme.
Sous le règne de Dioclétien,
la "Province" devenue Narbonnaise, éclate en trois
parties, la Narbonnaise Première, préfigurant les
futures provinces du Languedoc et du Roussillon. Dans
la tourmente des invasions qui provoquent l'effondrement
de l'Empire d'Occident, elle est intégrée en 413 dans
un royaume wisigothique réduit en 507 à la seule Septimanie.
La reconquête franque transporte en 803 la frontière
au-delà des Pyrénées, créant un comté de Barcelone,
berceau de la Catalogne.
La fin du premier
millénaire s'achève sur une pulvérisation du pouvoir,
tandis que naît la langue d'Oc, langue parlée dérivée
du latin ; dans le même temps naît la ville de Montpellier
(985). Du morcellement féodal des comtés hérités de
l'époque carolingienne, émergent des forces antagonistes
dont les affrontements finiront par engendrer le Languedoc
de l'ancien régime. L'Ouest est marqué par la croissance
de la Maison de Toulouse qui atteint son apogée à
la fin du XIIIème siècle, avant son intégration au
domaine royal en 1271. Le Midi voit la montée de la
Maison de Barcelone qui assume à partir de 1137 les
destinées du royaume d'Aragon, intègre les comtés
de l'actuel Roussillon et s'assure la seigneurie de
Montpellier. Le Roussillon, inséré dans l'entité catalane,
ne redevient définitivement français qu'en 1659 avec
le traité des Pyrénées.
Le Languedoc royal
naît de la croisade des Albigeois organisée en 1208
à l'initiative de Philippe-Auguste et du Pape Innocent
III pour combattre l'hérésie cathare. Elle conduit
d'abord à l'intégration du Languedoc oriental, sous
la forme des sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne,
puis à celle du Languedoc occidental avec la création
de la sénéchaussée de Toulouse. Avec le rachat aux
rois de Majorque de Montpellier, les éléments constitutifs
du Languedoc sont en place. L'unité de l'ensemble
est d'abord assurée par la nomination d'un "Lieutenant
du Roi, en Languedoc-", institution pratiquement permanente
depuis 1337. A partir de 1418, les Etats du Languedoc
se voient concéder le droit de se réunir à volonté.
Le XVème siècle est
marqué par la création d'un Parlement à Toulouse et
d'une Cour des Aides à Montpellier. Le "Gouvernement"
du Languedoc devient l'entité administrative de la
France monarchique, avec la disparition du "Lieutenant
du Roi" et la nomination, à sa tête, d'un gouverneur.
La perception de l'impôt
devenant l'expression concrète du pouvoir centralisé,
la généralité du Languedoc, créée en 1377, matérialise
très tôt la Province ; elle est dédoublée en 1542
entre Toulouse (Languedoc Occidental) et Montpellier
(Languedoc Oriental), mais un seul intendant a la
charge des deux généralités. En 1660, se juxtapose
un gouvernement du Roussillon doublé de la généralité
de Perpignan. L'ensemble Languedoc et Roussillon couvre
alors une vaste surface incorporant notamment au Nord
l'Ardèche et une partie de la Haute Loire, à l'Ouest
le Tarn, la majorité de la Haute Garonne et une partie
de l'Ariège.
Le cadre départemental,
qui s'est substitué aux provinces de l'Ancien Régime,
a été mis en place en 1790. D'âpres discussions présidèrent
au découpage. Le Gévaudan, menacé de partition entre
Le Puy et Nîmes, engendra un département des Hautes
Cévennes rapidement rebaptisé département de la Lozère.
Un département des Pyrénées orientales empiéta sur
les limites traditionnelles du Roussillon. Ce cadre
départemental, sans modification notable, est devenu
celui des découpages régionaux progressivement mis
en place après la seconde guerre mondiale.
Avec l'institution
en 1947 des inspecteurs généraux de l'Administration
en mission extraordinaire (IGAME), la circonscription
d'intervention se voit calquée sur la région militaire
: l'Aude et les Pyrénées orientales dépendent de Toulouse
; le Gard, l'Hérault et la Lozère de Marseille.
Les décrets du 30
juin 1955 créent des programmes d'action régionale
: le Languedoc intègre alors quatre des cinq départements
de l'actuelle région ; les Pyrénées-Orientales se
voient rattachées à Toulouse et à Midi-Pyrénées, sur
la base de critères d'ordre public et de défense nationale,
mais ce département ainsi que l'Aveyron rejoignent
les quatre premiers départements dans un comité régional
de développement économique qui contredit le découpage
des programmes d'action régionale.
Un pas décisif est
franchi avec le décret du 2 juin 1960 instituant les
circonscriptions d'action régionale, préfigurant des
régions de programme avec l'institution successive
de la conférence administrative régionale (1961),
du Préfet de région et de la commission de développement
économique régionale (CODER) en 1964. Les limites
du Languedoc-Roussillon - les cinq départements actuels
- sont désormais fixées et Montpellier promue Préfecture
de Région.
La réforme du 5 juillet
1972 crée les Etablissements publics régionaux, dotés
d'un conseil de région assisté d'un conseil économique
et social. La loi du 2 mars 1982 renforce la décentralisation,
faisant du Président du Conseil Régional le nouveau
chef de l'exécutif régional et transformant la Région
en collectivité territoriale.
L'HERITAGE CULTUREL
La région Languedoc-Roussillon
s'est enrichie, indépendamment de l'héritage historique,
d'un héritage culturel et linguistique très important
représenté par l'occitan et le catalan. Dans les deux
cas, il s'agit de langues parlées, déformations progressives
du latin qui demeure longtemps la langue écrite, celle
des actes officiels. A partir du XIème siècle, cette
langue d'Oc, parlée du Limousin aux Alpes et de la
Méditerranée à l'Atlantique, devient à son tour une
langue écrite, support d'une littérature remarquable
qui, avec ses alternances d'apogées et de crises,
s'est maintenue jusqu'à ce jour.
Mais le centralisme
de la monarchie française devient, avec l'imprimerie,
un puissant facteur de diffusion dans le Midi de la
langue française, cette langue d'Oïl qui non seulement
devient la langue des écrits officiels (édit de Villers-Cotteret
en 1539), mais encore celle de l'élite intellectuelle.
Depuis la seconde
guerre mondiale, le mouvement régionaliste a entendu
récupérer toutes les manifestations de mécontentement
: celle des viticulteurs, des mineurs du bassin d'Alès
ou encore des paysans du Larzac. Reposant sur une
vision déformée de la marche d'une économie moderne,
l'aile extrémiste de ce mouvement ne compte plus aujourd'hui
sur le plan politique.
LES TRAITS DOMINANTS
DE L'ECONOMIE DU LANGUEDOC ET DU ROUSSILLON DU XVIIe
SIECLE A NOS JOURS
LE
LANGUEDOC
L'histoire économique
du Languedoc, qui comprenait en 1790 les départements
du Tarn, de l'Aude, de l'Hérault, du Gard, de la Lozère
et de l'Ardèche, pourrait commencer à la fin du XVe
siècle. On date vers 1490-1500, la période de l'essor
démographique qui va transformer progressivement le
Midi et le Languedoc en particulier. Cette période
va durer deux siècles et couvrir notamment le XVIe
siècle, période sans évènements et sans catastrophes,
du moins à son début, quand la France renaissante
s'oriente vers la puissance et vers l'expansion. Il
faudra cependant attendre la fin du XVIIe siècle pour
que cette région trouve une stabilité démographique
sans risques de surpopulation et donc de problèmes
de ravitaillement qui décourageraient la natalité
et l'immigration du Massif Central qui, déjà au siècle
précédent, avait expédié saisonniers et migrants.
Mais c'est à partir
du début du XVIIe siècle que l'économie du Languedoc
va connaître un réel développement avec alternativement
des périodes de succès et des périodes de crises.
C'est vers 1600 que
se développe un Languedoc de la vigne dont Béziers
sera la capitale et que d'Agde partiront vers Gênes,
à partir de 1630, des barques remplies de barriques
pleines. A l'Ouest, la révolution du maïs venu d'Italie,
d'Espagne et du Portugal, va permettre de compenser
les déficits momentanés du froment. Dans la Cévenne,
la production de la soie se développe au point de
desservir une assez vaste zone couvrant les ateliers
de Nîmes, Aubenas, Privas, Avignon et Lyon. L'industrie
du textile prend son essor grâce à la modernisation
des techniques et à l'ouverture des marchés : une
industrie drapière est née dans la région grâce à
l'appui de Colbert qui en soutiendra la production
dans ses moments difficiles par des subventions à
la production et la création de manufactures (Saptes,
Villeneuvette, notamment).
Développement des
productions et des échanges des idées, ouvertures
sur les marchés nationaux et étrangers ont apporté
un changement profond dans les mentalités. Aussi le
XVIIIe siècle sera celui du déblocage physique de
la région avec la réalisation, par l'administration,
d'un important réseau routier, la construction de
canaux (P. Riquet) et de ports (Sète) qui, permettant
un élargissement des débouchés, vont favoriser l'expansion
des produits de la viticulture vers les contrées méditerranéennes
et le Nord de l'Europe et ceux de l'industrie lainière
principalement vers les marchés étrangers : Amériques,
Chine, Levant..
Le XVIIIe siècle
sera aussi celui d'une relative spécialisation des
territoires. Il faudra dorénavant distinguer un haut
Languedoc, celui d'une partie de l'Aude et de la haute
Garonne à prédominance céréalière et drapière, un
bas Languedoc dont les productions seront plus tournées
vers le blé, la vigne et l'olivier et un Languedoc
des Cévennes, pays du seigle, de la chataîgne, du
bétail et château d'eau commun. Carcassonne, Agde
et une majeure partie du Languedoc vivent à l'heure
de Marseille d'où s'exportent les produits et qui
est devenu le point de passage obligé du commerce
international. L'attraction lyonnaise se fait sentir
sur les pays de la soie, l'attraction parisienne s'exerce
sur le milieu du négoce et de la finance de Montpellier.
Avec le début du XIXe
siècle, la spécialisation des territoires du Languedoc
va se renforcer et marquera de façon encore plus nette
les deux siècles à venir :
- le haut Languedoc voit son économie
se contracter sous l'effet du morcellement de la
terre et devenir un pays de productions céréalières
et plus généralement de polyculture ;
- dans le bas Languedoc, la prospérité
industrielle du XVIIIe siècle, essentiellement fondée
sur le textile, est entrée en crise à cause de l'évolution
des techniques et de la concurrence extérieure mais
aussi parce que la viticulture commence à offrir
des revenus plus rapides et plus mirifiques. Le
bas Languedoc est devenu à la fin du XIXe siècle
un grand vignoble de 450 000 hectares qui trouve
ses débouchés grâce à la construction de chemins
de fer et à l'augmentation générale de la population
des villes ;
- la prospérité industrielle que
semblent avoir connu les zones de montagne et de
piémont, elle aussi reposant essentiellement sur
le textile et la soie au XVIIIe siècle puis sur
le charbon au XIXe siècle, n'a pas connu un développement
durable. Ces zones sont progressivement désertées
et les grands espaces couverts de champs, au plus
fort du peuplement, retournent à la friche.
Au début du du XXe
siècle, le Languedoc est devenu globalement une province
à l'économie fragile et, de par sa monoculture, de
plus en plus dépendante de l'extérieur. Les insurrections
de viticulteurs en 1907 sont révélatrices de cette
dépendance, comme la fermeture d'usines ou le passage
sous contrôle non languedocien des salines, des banques
locales, des houillères du Gard, des unités de production
qui laisseront un sentiment de colonisation de la
région par les "barons de l'industrie du Nord".
La société languedocienne
de cette première moitié du XXe siècle est faite de
notables, le plus souvent grands propriétaires fonciers
mais peu attachés au monde des affaires. La puissance
économique est morcelée entre un nombre important
de petits entrepreneurs. L'essentiel de l'activité
se situe dans l'administration et le commerce plus
que dans l'industrie.
Depuis les années
50, plusieurs évènements vont contribuer à retransformer
l'économie régionale : l'arrivée de rapatriés de l'Afrique
du Nord qui, si elle n'offre pas beaucoup de capitaux,
va cependant apporter du sang neuf ; le programme
d'irrigation mis en oeuvre par la Compagnie Nationale
d'Aménagement du Bas-Rhône-Languedoc pour introduire
à grande échelle les cultures légumières et fruitières
; l'aménagement de stations touristiques le long des
150 km de côtes du littoral méditerranéen ; la mise
en place du Plan Grand Sud-Ouest ; la modernisation
du réseau de communication ; un ensembles de délocalisations
d'entreprises de taille internationale et, plus récemment,
le développement de la recherche et des universités.
LE ROUSSILLON
Depuis 1659 et par
le traité des Pyrénées, les comtés de Roussillon,
Vallespir, Conflent, Capcir et une partie de la Cerdagne
sont rattachés à la France. La marche catalane conserve
ses bastions et ses forteresses de Salses, Collioure,
Villefranche et Montlouis.
Progressivement,
les productions de cette mosaïque de territoires,
qui forme l'actuel département des Pyrénées-Orientales,
vont se compléter pour créer une économie : les produits
de la métallurgie seront issus des mines de la montagne
et du piémont ; ceux de l'agriculture, de la plaine.
La position de Perpignan sur la voie méditerranéenne
et ses liens anciens avec la Catalogne et notamment
avec Tarragone vont favoriser le développement du
commerce et maintenir son rayonnement culturel. Hyacinthe
Rigaud, né à Perpignan, deviendra peintre officiel
à la cour de Louis XIV.
Pendant un temps,
un certain équilibre économique et social se maintiendra
entre Languedoc et l'actuel Roussillon, deux entités
distinctes par l'histoire et par la langue : l'une
de langue d'oc, l'autre de langue catalane. Equilibre
jusqu'à ce que, vers la fin du Second Empire, l'attaque
des vignes par le phylloxéra ruine les producteurs
de vin du Languedoc et ceux de la plaine roussillonnaise.
Les languedociens seront les premiers à trouver les
remèdes nécessaires et à la fin du XIX° siècle le
vignoble de masse est biterrois ou narbonnais.
La première moitié
du XXe siècle verra les espaces de montagne des anciens
comtés progressivement se désertifier, la plaine du
Roussillon sans réels débouchés hors une viticulture
rénovée. Peu à peu, une partie de la jeunesse recherchera
un avenir dans la fonction publique et émigrera.
L'axe de communication
qui forme l'artère centrale actuelle de la région
a permis un renouveau du développement principalement
centré sur Perpignan, sur le passage de la frontière
et sur la plaine où sont produits grâce à l'irrigation
et à l'organisation des producteurs, ces fameux primeurs
qui ont alimenté les marchés nationaux pendant une
très longue période.
Aujourd'hui, l'intérieur
du Roussillon où la montagne est omniprésente mise
essentiellement sur le tourisme d'été et d'hiver,
en partie sur le thermalisme et sur des ressources
pastorales et agricoles.
Dans la plaine roussillonnaise,
qui a rassemblé la plus grande partie de la population
du département, l'heure est au développement du Marché
International Saint Charles qui se place au premier
rang des marché français de fruits et légumes et joue
le rôle de tête de pont des produits espagnols. La
solidité des liens tissés avec les producteurs espagnols
et catalans en particulier explique en grande partie
la résistance de Saint Charles à la crise : l'Espagne
expédie les trois-quarts de ses exportations de fruits
et légumes vers la France via le marché perpignanais.
Les synergies entre
le Marché d'Intérêt National Saint Charles, le distriport
du Boulou, l'aéroport de Perpignan-Rivesaltes, le
port de Port-Vendres et la future ligne TGV constituent
un ensemble structuré pour le commerce et les échanges
de niveau trans-national entre l'Espagne et la France.

|